Mauricio Santana – Coup d’Projecteur…

Category : altermutants, Coup d'projecteur · by Déc 9th, 2010

Il a 30 balais. Il vient de chez moi, de Massy.

Il a commencé à rapper en 1994 sur un terrain de basket avec des potes. Et à cette époque on l’appelait Klan.D, le Clandestin.

« A mes débuts dans le Rap et ça collait assez bien au message que je voulais transmettre.

Mais depuis plusieurs années j’ai pris une autre direction, avec un Hip Hop plus instrumental et plus tourné vers le Jazz. Ma casquette de guitariste a également pris beaucoup de place dans ce que je fais aujourd’hui, alors plutôt que de chercher un nouveau blase, j’ai pris mon vrai nom. »

Il s’appelle Mauricio Santana.

Lui, comment je l’ai connu, c’est simple…

On vient de la même ville et à chaque fois des potes qui nous connaissaient tout les 2 me servaient le même refrain :

– « Bah il est chilien comme toi, il est de Massy et il rappe lui aussi… Tu le connais pas? Vous vous êtes jamais vu? »

– « Euh… bah nan. »

Alors j’ai gratté son blase et j’ai chopé le botin. Je l’ai appelé. En fait, il habitait 400 mètres derrière chez oim… On s’est capté direct! J’le revois encore dans mon salon avec une gratte sèche… Il avait rappé un truc en jouant… Je lui avait dit très sérieusement qu’il y avait personne qui faisait ça, qu’il pouvait en faire un truc… C’est clair que ça lui trottait dans la tête depuis un bail… Dans la foulée on avait été chez lui. Il venait de poser des lignes de guitare sur son 4 pistes…

J’arrête là sinon je sens que vous allez chialer…

Ne perdons plus de temps… J’ai des questions à lui poser! LET’S GO!

Mauricio, tu nous racontes ton parcours?

Comme je te le disais j’ai commencé le Rap à 14 ans avec les potes du quartier, c’était très street et assez engagé, on était en pleine période de violence urbaine dans le quartier avec un émeute tous les mois quasiment, donc y’avait pas mal de choses à raconter.

Puis je t’ai rencontré et je suis rentré dans la Sauce Dibim où j’ai rencontré beaucoup de musiciens, ce qui m’a permis de me remettre à la guitare, mon premier amour musical.

J’ai intégré le groupe Joke en tant que Rappeur, on a beaucoup tourné, on a fait le Zénith, on a enregistré un Maxi et au bout de 2 ans, j’ai pris la décision de partir pour monter un autre projet : Or 2 Koz.

Comme pour Joke on a fait beaucoup de concerts, un album, un Bataclan, mais les ambitions n’étaient pas les mêmes pour tous, alors j’ai entamé une carrière SOLO.

Aujourd’hui je me produit seul sur scène pour un show Hip Hop Jazz Acoustique, et je suis aussi le guitariste de plusieurs artistes : Junior Zy & Fuzdy (Reggae Rap), Enz (Hip Hop), Nina Kerkena (Soul) et récemment Joke (Rock) mais cette fois-ci en tant que guitariste, la boucle est bouclée.

Ton rap, en deux trois mots?

Le fond?

Je m’efforce d’être sincère dans tout ce que je dis, je ne veux pas jouer de rôle, alors je parle de tout, même si pour certain c’est pas assez street.

La forme?

En tant que guitariste, je prend beaucoup de temps sur la compo, et tout est tourné vers le Jazz, même si ça peut sonner parfois Rock ou Reggae, tout se tourne vers le Jazz.

Le flow?

Le rythme est important dans le flow, il faut que ça rebondisse et que ça évolue tout en restant compréhensible.

Tu veux parler un peu de tes influences?

En matière de Hip Hop, j’ai grandi avec Run-Dmc, Onyx et le Wu-Tang-Clan, c’est vraiment mes influences de bases. Aujourd’hui j’écoute surtout Common, Talib Kweli et The Roots.

Puis, plus largement, c’est surtout dans le jazz que ça se passe : Nat King Cole, Roy Hargrove, Biréli Lagrene, Wes Montgomery, Duke Ellington, ou encore dans le Rock et la Soul : Jimi Hendrix, Slash, Marvin Gaye, Joss Stone… Y’a vraiment beaucoup d’artistes qui m’inspirent et me guident d’une certaine manière.

Tu nous conseilles un skeud?

Y’a un disque qui réunit vraiment tout ce que j’aime : « Hotel Impala » de Baloji. C’est un rappeur Belge que j’aime beaucoup, musicalement c’est très riche et textuellement ça me touche sincèrement, et c’est ce que je cherche aujourd’hui.

Un livre?

« L’Ombre De Ce Que Nous Avons Été » de Luis Sepulveda, c’est un très beau roman, qui aborde l’après dictature au Chili d’une façon surprenante.

Un film ?

L’Empire Contre Attaque, le meilleur de la Saga, son réalisateur « Irvin Kershner » vient de nous quitter et c’est une grande partie de mon enfance qui s’en va avec… May The Force Be With You.

Yeah!

Ca te fais quoi de rapper sur des faces B, à l’ancienne?

Depuis pas mal d’années je rappe avec des musiciens ou tout seul avec ma guitare, ça fait donc du bien de revenir aux Faces B, c’est un vrai kif. Ouais, ça me fait revenir quelques années dans le passé.

T’es enfin devenu inséparable avec ta gratte… C’est quand que tu fais péter le chant?

On m’en parle souvent, je fais quelques refrains chantés, et quelques reprises sur scène de standards latino-américains. Mais j’aime trop le Rap pour le laisser tomber, c’est une libération pour moi de rapper, c’est indispensable.

T’a bien raison vieux.

Ton actu?

En ce moment, j’enregistre mon premier album Solo, ce sera Hip Hop Jazz, beaucoup de place à la musique et aussi une grand part au Rap. A côté de ça sur scène je continue d’accompagner Junior Zy, Enz, Joke… Et bien sûr la mixtape !

Bang bang!

A la fin de ta vie tu voudrais qu’on dise quoi de toi?

Ce qui serait vraiment kiffant c’est qu’on se souvienne au moins d’une de mes chansons et qu’elle traverse les époques.

Tu mises sur quelle chanson?

J’aimerai juste laisser une trace, j’ai pas de chanson précise là, mais y’en a une que j’ai écrite pour mon père que j’affectionne beaucoup et dont on me reparle à chaque fin de concert.

Normal. Cette chanson mérite une oreille. En mode chair de poule…

Un commentaire sur…

La banlieue?

J’ai essayé de m’éloigner de la banlieue, j’ai traversé pas mal d’épreuves que je voulais laisser derrière moi, et finalement j’ai pas pu, aujourd’hui je bosse avec les enfants de ma ville et j’aime vraiment. La banlieue a pas mal de ressource qu’il faut savoir exploité, et le Hip Hop peut nous aider à ça : Rap, Graff, Break… Y’a toute une culture qu’il ne faut pas sous-estimer.

La politique?

Aujourd’hui il y a plus qu’un seul courant, y’a plus de gauche ni de droite y’a juste un courant économique, il faut que la France reste compétitive à l’échelle internationale.

Voilà notre problème, nous on est pas des marchandises, alors on compte pas et on comptera jamais, quelque soit l’élu. Il faut faire changer cette mentalité et la révolte est nécessaire pour ça.

A méditer.

Tu nous lache 3, 4 rimes en impro comme ça pour conclure?

J’ai hérité de cette guerre névrose et maladie,

J’ai mérité de mes nerfs poésie et mélodie,

On reprend au chaos ce qui nourrit ses grandes mains,

Et ce qui compte, c’est qu’on sourit au lendemain…

Cimer.

¡ Hasta luego !

www.mauricio-santana.com

Entrevue réalisée par Zé Riu et mise en page par DrJay pour altermutants.fr

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